| Impressions depuis Haïti |
| Posté par (remi) le Sep 09 2007 |
Salut,
Je vous donne quelques nouvelles d’Haïti, pour rappeler que ce petit pays continue d’exister même s’il n’attaque pas l’Irak, ne constitue pas une menace nucléaire ni un foyer de terrorisme islamique. Et d’exister fort...
Par contre on y crève toujours la dalle et y voit les ressources s’amenuiser et les biens vitaux refusés à l’immense majorité, le nouveau gouvernement s’essaie à la " bonne gouvernance " donc n’avance pas et ne combat pas les inégalités, mais n’a pas encore mis le pays à feu et à sang, ce qui constitue quand même une notable innovation. Il y a aussi moins de bandits des quartiers pauvres parce que les casques bleus ont carte blanche de la part du gouvernement, mais toujours autant de bandits des quartiers riches parce que les blancs ont toutes les cartes bleues aussi de la part du gouvernement.
L’on y voit encore des choses formidables, un peuple debout malgré toutes les désillusions essuyées, plein de fierté et d’élégance, des paysages meurtris mais encore sublimes, une spiritualité omniprésente, pour le meilleur (une culture vaudoue très singulière, résistante et puissante) et pour le pire (les superstitions manipulatrices, un christianisme anesthésiant, les églises évangéliques qui pullulent), des métissages culturels féconds et aussi assez psychédéliques.
Là, c’est la saison des pluies, qui offre des journées ardentes et des couchers de soleil fantastiques. La ville ressemble à un grand chaudron, l’air se condense toute la journée d’humidité bouillante, avant d’éclater chaque fin de journée dans une averse fracassante. C’est une saison conviviale, aussi, car tous les animaux qui cherchent un peu de fraîcheur s’invitent chez vous. Je partage désormais mon appartement avec une colonie d’anolis, des petits lézards de toutes les couleurs et de toutes les formes, qui ressemblent vraiment à des dinosaures miniatures. Un petit " jurassic park " à domicile. J’ai beaucoup de respect pour ces reptiles qui sont quasiment les seuls vertébrés à avoir survécu et prospéré de ce côté d’Hispanola ; et ils me tiennent compagnie à l’heure des repas, pendant mes moments de lecture sur le hammac, c’est sympa. Un rat aussi à élu domicile dans ma cuisine, c’est moins sympa. Des tarentules très jolies qui tissent à une vitesse impressionnante des toiles énormes dans mon petit escalier en colimaçon, toujours pendant que je suis au bar avec les copains, au niveau de ma tête, ce qui surprend en rentrant après quelques rhums et qu’il faut se concentrer sur les minuscules marches dans le noir total.
Je pars mardi en Amazonie, histoire de me faire un voyage de transition avant de devoir quitter mon île. Vénézuela, Brésil, Colombie… L’on dit que la loi de la jungle règne en Haïti, alors j’ai décidé de faire une étude comparative.
Benjamin